Propos recueillis par Sylvie MAURICE lors du Congrès de l'ASCA du 12/10/2008
Extrait pris sur Internet https://acampanella.fr Blagues/chorale
Anthologie du portrait de choriste
Amis et amies choristes, vous vous reconnaîtrez certainement à travers la redoutable caricature décrite par Jean BOUCHON, né en 1955 à Lyon, personnage partagé entre la musique et la littérature et Directeur de l'Académie de Musique de Nice depuis 1984.
Le sans-gêne
Il a l'air de souffrir quand c'est un autre qui chante. C'est pour cela qu'il se bouche toujours une oreille. Bruyant, il parle haut, interpelle le chef. Chaque chorale a son sans-gêne et elle doit faire avec...
Le paresseux
C'est un homme doux, un rêveur qui s'est fourvoyé dans une chorale et ne sait pas comme s'en sortir. Alors, il reste.
De pareils choristes ne sont pas dangereux et ils donnent au public l'illusion du nombre.
Le touriste
On le voit de temps à autre débarquer dans la salle de répétition. On ne sait pas trop s'il fait vraiment partie de l'équipe. Il ignore quasiment tout du répertoire, ne sait jamais trop où est sa place mais cet authentique figurant sera présent le jour du concert pour faire du play-back et c'est lui qui s'inclinera le plus bas, pour saluer...
Le sportif
En répétition, campé sur ses pieds tel un haltérophile, il bombe bien le torse pour prendre sa respiration, se met en apnée avant d'attaquer les notes et devient tout rouge avant d'expulser le moindre son. Il chante de la gorge, tout en force : plus c'est fort, mieux c'est...
Le (rare) ténor
Heureuse la chorale qui possède des ténors. Qu'ils soient bons ou mauvais, les ténors sont des êtres très chers. Quoi qu'il en soit, devant la pénurie, baptise-t-on volontiers "ténor" un malheureux baryton qui souffre le martyre dans les aigus, mais qui ne se plaint pas, fier qu'il est d'être un objet précieux.
Celui ou celle qui s'ennuie
Consulte souvent sa montre. Il a toujours disséminé parmi ses partitions quelque article intéressant à reluquer, quelque revue ou, à défaut, quelque chose à manger... Il bouge beaucoup sur place ou s'assoupit inopinément selon le cas.
La plupart du temps il pense à autre chose, il observe les murs de la salle et il souffle beaucoup. On peut parfois le voir consulter ses messages sur son portable ou, entre deux soupirs, se limer les ongles...
Le donneur de conseil
A force de l'écouter, on finit par faire les mêmes erreurs que lui. C'est lui qui, généralement, offre généreusement son temps en faisant prerdre le leur aux autres.
Le bavard
Il a mis au point une technique lui permettant de chanter et de parler en même temps...
Le distrait
Il est rarement à la bonne page... Son classeur est un fouillis indescriptible : les chants sont rangés dans n'importe quel ordre, on y trouve aussi bien la liste des commissions. Il rêve, il oublie les départs et doit rattraper les autres en cours de route.
Le braillard
Il chante plus fort que tout le monde dès lors qu'il croit savoir sa partie. Il n'a qu'un seul credo : fortissimo !
Il est moins grave qu'une épidémie mais il fait beaucoup plus de bruit...
La complexée
Le plus difficile pour elle est... de chanter ! Aussi, a-t-elle une toute petite voix. Elle n'attaque jamais franchement les notes, surtout dans la nuance forte; elle redoute les couacs... Celle-là peut chanter faux à satiété sans que cela dérange quiconque. Avec son demi-décibel, elle est inaudible.
Le consciencieux
Obsédé des annotation, celui-là note tout sur ses partitions. Il souligne, surligne, multiplie les ajouts, les couleurs, fait des renvois, des commentaires.
Personne ne s'y retrouverait. Pas même lui !
Celui qui a "de la voix"
Pour obtenir une sonorité harmonieuse, il est nécessaire d'homogénéiser le timbre des pupitres. Les voix les plus timbrées se voient sommées de rentrer dans le rang. Alors, malheur à celui qui possède un bel organe. Celui qui a "de la voix" sera souvent prié... de se taire.
Le sensible
Un moindre pianissimo l'émeut, il aime la musique et souvent elle le bouleverse. Il a souvent la larme à l'œil et au premier problème relationnel, il en perd le sommeil et fond de cinq kilos. Il souffre en silence mais la musique finit par le consoler de tous ses maux.
Le râleur
Il n'est jamais content, n'aime pas le programme, trouve que l'on apprend trop vite ou trop lentement, que le calendrier est trop chargé ou trop maigre...
De toute façon, la tenue de concert est ridicule et il ne supporte pas la façon de travailler du chef...
Il se demande ce qu'il fait là. Les autres se posent la même question !
Celui ou celle qui rechigne à chanter en langue étrangère
Il veut bien chanter n'importe quoi, mais surtout pas en langue étrangère.
Il a l'oreille musicale mais pas la mémoire des sons. Sa prononciation est laborieuse et maladroite. Il bute sur chaque mot. C'est une souffrance pour lui et ses voisins.
L'enseignant
Il comment parfois l'exploit de maîtriser les rudiments du solfège. De plus, il est souvent ouvert aux attentes du chef. C'est un élément fort appréciable pour une chorale. Bien qu'ayant appris à placer efficacement son larynx afin d'éviter l'extinction lorsqu'il chante, l'enseignant a beaucoup de mal à retrouver les bonnes sensations. Celui-là qui ne peut s'impliquer sensuellement, le fait "pédagogiquement".
L'informaticien
Il rentre toutes ses partitions dans le programme de son ordinateur et les réécrit en plus gros car il travaille ses chants au bureau. Souvent il arrive à la répétition avec une autre version d'une œuvre, découverte par inadvertance sur Internet.
Il est alors tout fier d'exhiber sa trouvaille. Pour lui, la musique reste avant tout une discipline mathématique et le solfège, un code binaire. Rien d'étonnant alors, à ce que parfois, au beau milieu d'un chant, il "beugue".
Et il y aurait encore le psychologue, le dragueur, l'étudiant fauché, le naïf, l'étourdi, celui qui a de l'ambition, le juriste, ...
Tiens, le juriste !
Il ramène tout aux statuts de l'association et à la loi. Il intervient lors des assemblées générales pour remettre les responsables sur les rails dès lors que ces derniers s'en écarteraient un tantinet. Avec lui, on ne peut pas dévier. Il est la garantie morale et l'assurance juridique de la chorale.
Et enfin, très rare : le choriste normal
Celui-là n'affiche pas de tare particulière; il ne jalouse pas ses congénères, est né équilibré, n'a pas l'esprit tordu mais aime simplement chanter.
Il n'a pas une voix extraordinaire, mais juste. Il possède quelques notions de solfège. Il a bon caractère et ne médit jamais. Il aime bien tous les styles : classiques, romantique et même la variété. Celui-là ne se fait pas remarquer, on l'oublierait presque, sinon aux concerts : car c'est lui qui assure le mieux. C'est le choriste idéal, le préféré du chef de choeur. Un cas très rare !
Il y aurait encore l'inquiet, le cadre, l'agressif, le soliste et bien d'autres.
Mais n'oublions pas
Le bon président
C'est une personne qui connaît bien le fonctionnement de la chorale pour l'avoir pratiquée pendant de nombreuses années : il est expérimenté, compétent et respectable.
Il a une bonne présentation : les chevelus en jogging avec piercing à la narine ont peu de chance d'hériter de la fonction.
Il sait écouter ses interlocuteurs, entendre leurs doléances, analyser les problèmes, définir les objectifs, planifier les actions et, en fin de compte, mener à bien ses projets personnels en ne tenant compte de l'avis de personne.
Donc, le président doit être entêté. Cependant, un obstacle subsiste : le chef de chœur ! Et c'est bien là le drame du président car il doit savoir humblement s'effacer devant le maestro au moment de recueillir les fleurs du succès car, malgré ses responsabilités, le président ne tient pas la baguette !
Cependant, le président saura se rattraper et briller, en particulier, quand il fera des discours.
Mais que serait une chorale sans ce fameux
Chef de chœur
Le chef de chœur rayonne sur ses ouailles, se pavane parmi sa cour.
Caractériel, il s'enflamme volontiers au moindre couac, devient tout rouge et pique des colères noires. Mais c'est pour le "bien" de la collectivité !
Capricieux, il change souvent d'avis. Il est quelque fois bizarre mais c'est un artiste.
Qu'il soit devenu chef par vocation, par un concours de circonstances ou par le plus grand des hasards, qu'il soit chanteur sur le déclin ou jeune prof de musique, qu'il soit bénévole ou rémunéré, il est avant tout un être travailleur, un utopiste ambitieux et surtout une personne extrêmement patiente.
Pour accomplir sa tâche, il doit avoir un moral très solide. Parmi ses nombreuses responsabilités, nous citerons en vrac, le recrutement des choristes, le choix du répertoire, l'élaboration d'une saison équilibrée, l'organisation des répétitions, l'animation du groupe. Il doit être un bon communicateur.
Bref, un vrai chef de chœur est tout cela à la fois : sélectionneur, entraîneur, soigneur, éducateur, psychologue, psychiatre, ... et en plus, il doit être MUSICIEN.
Alors, même si l'on ne comprend rien à sa battue, le chef est le chef, il faut lui obéir : un point c'est tout !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire